Interview Martin Lamotte

1 Quand as tu su que ta vocation serait artistique ? 

J’ai compris vers l’âge de 10-12 ans que j’avais un besoin ardent de m’exprimer, sur une scène ou n’importe ou car c’était le seul moyen de surmonter mon immense timidité. Mais cela m’intimidait encore plus et il a fallu bien des années pour atteindre, en passant par des approches diverse, le début de mon apprentissage. 

Dans les années 70 déjà tu étais entouré des plus grands, quels souvenirs gardes tu de la troupe du Café de la Gare ?

Dans les années 70, après être passé chez Coluche et avoir travaillé deux saisons avec lui, dans sa troupe qui s’appelait : « le vrai chic Parisien », j’ai intégré la troupe du Café de la gare pendant deux saisons. J’y vais fait la connaissance de toute l’équipe qui était joyeuse et imprévisible, Sotha, romain Bouteille, Miou Miou, Patrick Dewaere, Catherine Mitry, Henri Guybet, Jean Michel Haass, Philippe Manesse, Patrice Minet… j’en oublie, merci Alsheimer !

Coluche et toi étiez devenus très proches et tu t’es retrouvé à jouer à ses côtés. Pourrais tu nous en parler ?

Juste après une demi saison de cours de théâtre chez Tania Balachova je suis parti avec deux amis rencontrés au cours, pour aller proposer à Coluche de nous engager dans le nouveau spectacle qu’il préparait. Il nous a proposé de l’aider à faire les travaux de peinture dans le théâtre et qu’après, éventuellement, il nous engageait. Nous sommes restés, nous avons travaillé vaillamment et il nous à engagé. Par la suite je l’ai souvent accompagné après le spectacle dans les cabarets ou il se produisait et nous sommes devenus amis. Le dimanche matin il m’appelait pour que je l’accompagne au marché aux puces. J’aime aussi beaucoup chiner dans ces marchés et il avait peu de difficultés à me convaincre de le rejoindre, même si le samedi soir nous jouions deux fois et terminions tard dans un restaurant.

Qu’est ce qui t’as donné l’envie de réaliser « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine « ?

Je n’ai pas réalisé « l’Alsace et la Lorraine » C’est Coluche qui a écrit et réalisé ce film. Moi, J’avais écrit une pièce que j’ai joué avec mes camarades à l’ouverture de mon café théâtre : . « La veuve Pichard, maison sérieuse » et Coluche m’avait reproché d’utiliser un personnage qu’il nous avait mimé lors d’une discussion de bistrot et d’en faire un des nombreux personnage de cette pièce. Iil nous disait toujours : c’est le premier qui a l’idée qui la garde et qui la joue., si l’autre ne l’utilise pas, tu peux la prendre. C’est ce que j’avais fait. Par la suite quand il m’a proposé de jouer un personnage du film qu’il venait d’écrire, je me suis aperçu qu’il avait repris son personnage et au passage beaucoup de similitude avec ma pièce. Je me sentais très mal, pour moi c’était une trahison, mais comme il avait engagé presque tous les acteurs de ma troupe et mes amis du Spendid, je me suis dit que je n’allais pas me priver d’un tournage avec mes amis en plus .Après je ne lui ai pas adressé la parole pendant deux ans pour marquer le coup, je suis teigneux, et puis j’ai pardonné, quand même.

Qu’est ce qui t’as donné l’envie de rejoindre la troupe du Splendid ?

Juste avant de rencontrer Coluche, j’avais fait la connaissance de thierry Lhermitte qui était passé à la sortie de notre cours de théâtre et il m’avait invité à venir voir un spectacle qu’il jouait dans un petit café théâtre. Je fis la connaissance de leur troupe et par la suite de ceux qui allaient former la troupe du Splendid : Gerard Jugnot, Christian Clavier, Marianne Chazel, Michel Blanc. Nous avions beaucoup de points communs et nous avons noué des liens d’amitié solides qui font qu’ils m’ont toujours invité à faire un passage dans leurs films. J’ai même travaillé Avec chacun d’entre eux séparément dans des films ou au théâtre. Nous ne voyons presque jamais tous ensemble à cause du travail, mais nous nous voyons assez souvent ou bien nous nous téléphonons.

Et puis il y a eu le Collaro Show…..

Un jour de 1976, Stéphane Collaro est venu me voir dans le café théâtre que nous venions d, ouvrir pour me proposer de participer à une nouvelle aventure : écrire et jouer des sketches courts avec une bande de jeunes comédiens. Cela devait être joué et filmé en direct et en public sur la scène du théâtre de l’Empire, qui depuis a brulé entièrement. Après une première année chargée, nous tournions beaucoup, Philippe Bruneau, Claire Nadeau et moi même et en plus nous avions le théâtre tous les soirs. L’émission à eu beaucoup de succès et elle a duré 4 ans. Pour ma part, je n’ai fait qu’une année car je voulais être un peu plus libre pour d’autres projets, mais c’est plein de très bons souvenirs car nous faisions ce genre d’exercice pour la première fois à la télévision Française et il nous fallait inventer à chaque seconde.

Tu as tourné avec les plus grands comme Gérard Oury ou Claude Lelouch. Quel est celui qui t’as le plus marqué dans ta carrière et pourquoi ?

J’ai eu la chance de tourner avec de grands metteurs en scène et aussi des plus petits et des débutants. Pour moi, ceux qui m’ont le plus marqué sont ceux qui dirigeaient le mieux les acteurs. J’ai le souvenir de la gentillesse de Bertrand Tavernier qui m’a fait faire tout un parcoures m’accompagnant et en poussant le vélomoteur que je devais aller ranger au bout dune rue ou Jacques Rouffio qui me donnait de très courtes indication à chaque fois qu’il voyait que je ne trouvais pas la meilleure façon de jouer la scène.ou Gérard Oury qui savait utiliser les capacités que nous ne savions pas exploiter, ou Claude Lelouch qui m’avait expliqué tous les plans qu’il allait faire dans la journée sur un aéroport et qui m’avait montré chaque décor… et tant d’autres qui ont fait preuve de grande patience et de grande humilité. Je ne parle pas des autres, moins nombreux, Dieu merci, qui n’avaient que très peu de temps à consacrer aux acteurs et beaucoup plus à la technique, qui pourtant leur résistait.

De 2002 à 2011 le tandem Bonaventure et Soeur Thérèse à fait le bonheur des téléspectateurs. Comment a commencé ce duo hors norme ?

de 2002 à 2011 j’ai joué dans une série : Sœur Thérèse.com, avec Dominique Lavannant et c’est avec une grande joie et beaucoup d’enthousiasme que nous j’ai collaboré à cette série inventée par Michel Blanc pour Dominique Lavannant, qui m’a demandé de jouer le personnage du flic ancien mari de sœur Thérèse. L’entreprise était délicate car il fallait avoir une belle intrigue policière et de la belle comédie qui accompagne l’intrigue sans la décrédibiliser. Il nous fallait à chaque épisode retravailler cette proposition car les auteurs changeaient souvent et en connaissaient assez mal les enjeux de cette série.

TF1 nous a régalé avec Nos Chers Voisins. Cela ne te manque pas trop?

J’ai adoré jouer dans « nos chers voisins », une série de sketches (encore une) qui a réuni un groupe de comédiens que j’aime beaucoup. Tous ont montré leur savoir et leur talent sans jamais essayer de se dégager du groupe et toujours en donnant le meilleur d’eux même pour faire que la chute du sketch soit la plus efficace. Cela nous manque à tous, cela me manque aussi et j’ai la nostalgie de ces heures de travail soutenu et de rire.

Tu es remonté récemment sur les planches pour incarner un personnage culte: Columbo. Qu’as tu ressenti lorsque  tu as endossé le fameux pardessus?

 J’ai joué dans « Columbo », la pièce qui a inspiré la série célèbre que beaucoup ont vu à la télévision et qui a bercé une bonne partie de leur vie. Donc, attention à ne faire aucune imitation qui pourrait ressembler au personnage magnifiquement interprété par Peter Falk. La seule ressemblance sera dans le costume. J’ai trouvé une façon de procéder qui m’avait plutôt réussi dans un spectacle sur Guitry écrit par Eric Emmanuel Schmitt que j’avais joué auparavant : évoquer mais ne pas imiter. Jouer les situations à ma façon, en introduisant de la fantaisie et jamais de lien direct avec le modèle. Au bout d’un moment, c’est le spectateur qui trouve des ressemblances dans des gestes, des intonations… parce qu’il a envie de voir le personnage exister. Bref je vous raconte mal ce que j’appelle l’évocation, mais ça a fonctionné pour moi. À la fin du spectacle des gens venaient me dire combien ma précision dans l’étude du moindre geste, de la moindre mimique leur faisait penser instantanément au grand Peter Falk ! Étrange, non ?

Quel est le projet que tu souhaiterais à tout prix réaliser ?

Actuellement, je me prépare à monter la pièce que ma fille Manon à écrit et dans laquelle je dois jouer un personnage assez atypique que j’ai hâte d’interpréter. J’envisage aussi pour plus tard, de remonter « papy fait de la résistance » avec la complicité d’un metteur en scène Québécois.

Quel conseil donnerais tu aux jeunes et moins jeunes qui rêvent de suivre tes traces ? 

Dans la série : quel conseil donnerais tu à un jeune qui voudrait exercer ce beau métier ? Je répondrais : ne suivez pas mes traces, marchez à coté. Essayez de prendre quelques cours de théâtre, non seulement vous apprendrez les bases qui vous serviront tout le temps mais en plus vous serez au contact de personnes qui veulent faire le même métier. Il est important de ne pas être seul car cette profession vous expose à des doutes profonds, à des petits découragements, à des dégouts passagers, etc… en liaison avec d’autres vous supporterez mieux tous ces désagréments et en plus, vous vous ferez de nombreux amis, ce qui est très utile dans notre belle profession.